samedi 20 novembre 2010

Le monde réel

Je commence à concevoir l’absence. Elle a une couleur très pâle, une sorte de blanc perlé.

La première neige est tombée, ici. C’est d’une beauté à geler toute douleur, chuchote Dumas. Ce matin, je me suis éveillée et j’ai regardé les flocons qui tombaient. J’avais envie de perdre toute conscience. 

Je me sens bien. Bientôt, lorsque toutes ces images déjà engourdies s’estomperont, je n’appartiendrai qu’à moi-même. Avoir l'esprit libre pour créer, être forte, au-dessus des autres, écrit Marie.

Je lis, les cheveux mouillés, en serviette. J’ignore le téléphone qui sonne. Je n’ai pas envie de rejoindre le monde réel. Pas tout de suite.  Ma mère dit que cette attitude m’éloigne du monde. Je suis convaincue du contraire. Je crois que lui aussi. Cela me suffit.

Bientôt, je nagerai dans l’océan et m’endormirai sur la grève.

dimanche 14 novembre 2010

La plume de Marie

Dernièrement, je suis revenue à Marie Uguay.

La lecture aidant, j'ai la très nette impression de me réveiller d'un long sommeil, une sorte d'hibernation prolongée et comateuse. Vision étrange d'avoir en quelque sorte gelé mes émotions, mes désirs. C'est aberrant de voir à quel point l'on peut cesser de respirer pendant des très longs moments.

Un jour vous croyez que vous êtes morte, presque condamnée à cette vie à laquelle vous vous êtes habituée, finalement, ce mélange opaque de chaleur et de réconfort. Oui, vraiment, vous y croyez au bonheur, à cette conception toute-faite-parfaite-et-consacrée-socialement. Mais, à un moment, on vous fait une entaille, bien profonde, et vous saignez beaucoup. Le douleur vous réveille. C'est alors que vous réalisez que le monde est là, tout près, que vous pouvez presque le toucher de la main. C'est alors que vous souriez presque, comprenant votre méprise, bien calée dans votre bain froid.

J'ai mis un temps fou à comprendre. À confondre mes perceptions, peut-être bien. Peut-être bien.


"Dans les battures anticipées où tu te lies à moi
je te songe
Parfois je suis le graveur ivre de ton corps
parfois le scribe de tes désirs "

écrit Marie.

Ouais.

vendredi 5 novembre 2010

Biscuit

Croire en quelque chose et ne pas le vivre, c'est malhonnête, disait Gandhi.

lundi 25 octobre 2010

Douleur

" Des mots veulent se faufiler en moi pour forger une histoire plus réelle que la réalité, mais presque tout de suite arrive la douleur qui terrasse les mots, et les mots s'en vont, je n'ai plus de mots, je n'ai plus rien "

Monique Proulx, Les Aurores montréales

samedi 23 octobre 2010

Génie

Bertolt Brecht était un génie.

Il a vu l'écroulement du monde, bouleversé. Mais le monde ne l'a pas anéanti. Brecht était un fort, il appartenait à cette race d'hommes qui peuvent créer, même lorsque solidement affectés par une situation. Même lorsque le monde semble s'étioler. Il a su rester libre, bien que pris dans la lâcheté et la perversion de son temps.

Brecht était un créateur.

Je réalise aujourd'hui, plus que jamais, la grande force des créateurs : ils peuvent transformer le mal, les perversions dont les hommes sont victimes, en une réalité autrement plus pertinente, en un art capable de tout bouleverser. Les créateurs seuls peuvent prendre en charge les injustices en leur donner une voix.

samedi 16 octobre 2010

J'émerge

J'émerge d'un long sommeil.


Il y a longtemps que je n'avais pas écrit, la vie fulgurante m'ayant menée ailleurs. Mais j'en avais envie, ce soir. L'automne est paisible et doux. Je suis seule au sous-sol, un café noir sur la table. Novembre s'amène, nu comme un bruit de neige. Ce vers de Brault est magnifique. Il faudrait que je relise Brault.


Il n'a pas encore neigé. Mais cela viendra. Cela se sent. Je mettrai ma tuque et j'irai marcher, longtemps. J'essayerai de goûter au bonheur, même si, en même temps, il semble constamment me glisser entre les doigts. Je baigne dans mon présent, et je me demande si le futur sera différent. Tout le monde me dit que le futur se construit autour de causes et de conséquences, de choix à faire. Mais le monde causal, c'est un tas de conneries. Voilà, c'est dit. Le monde n'obéit pas à une logique infallible, pas plus que mes désirs, mes craintes et mes aspirations. 


J'ai parfois peur de manquer de temps. Refaire de vieilles erreurs. Le temps m'obsède, le temps... je voudrais bien échapper à son emprise. Calme-toi, me dis-je, il est facile de reconstituer le passé lorsqu'on l'observe avec un certain recul. L'ennui, c'est que le mythe du retour éternel des choses tel que l'entendait Nietzshe... c'est justement un mythe. 

mercredi 2 juin 2010

Ces temps récents


Depuis quelques jours, la réalité me semble incompréhensible.

 J'ai parfois l'impression que je ne parle pas la même langue que les gens que je côtoie, et pourtant c'est ce que je m'efforce de faire.

Prenez l'autre soir, par exemple. Je travaillais - comme toujours - à l'hôtel. Il y a eu un groupe de congolais influents qui sont arrivés pour une formation - un truc de finances. À tous les soirs, l'un d'eux passait me dire bonjour, savoir comment j'allais. Ça m'a suprise d'abord - j'en suis restée comme figée et inconfortable. Je me suis alors détendue et, comprenant mon malaise social, ai tâché de paraître plus ouverte les soirs suivants. jusqu'à ce que ce connard de sous-ministre de merde me harcèle pour que je monte à sa chambre.

Je me suis alors trouvée naïve d'y avoir cru, d'avoir cru à la pureté. Et je suis restée là, en plan, déconcertée face à cette réalité si souvent ininterprétable.

Le langage est une réalité extrêmement complexe; le langage humain l'est tout autant. La vérité, c'est qu'il est parfois difficile de donner un sens aux erreurs que l'on commet, et que nul apprentissage n'est infallible.